Textes et photos prêtés par Françis AGRAS, merci pour son aide précieuse !


Le village actuel :

Castéra-Verduzan est la seule commune du Gers (et rare commune en France) issue de la réunion de trois communes : Castéra-Vivens, Laclaverie et Verduzan, sur un quatrième lieu à bâtir. D'autre part, depuis la construction des bastides au XIVème siècle existe-t-il dans notre département actuel un autre exemple de « naissance » de village ? La création de Castéra-Verduzan remonte à l’ordonnance royale du 11 avril 1821 alors que la plupart des communes de France sont issues en général des très nombreuses paroisses de l'Ancien Régime et sont l'oeuvre de la Révolution française, elles datent du 14 décembre 1789. C’est dans un vallon sur les bords de la rivière Auloue, tout près de deux sources , l’une sulfureuse, l’autre ferrugineuse et si proches que s’est bâti le nouveau village.

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Après plusieurs échanges épistolaires administratifs, la réunion des trois communes devint effective sous le nom de Castéra-Verduzan après signatures du roi Charles X et de son ministre de l'intérieur Siméon. M. Macary qui était maire de Laclaverie fut le premier maire de Castéra-Verduzan.

Le développement du village a été étroitement lié à celui des sources qui sont au nombre de trois. Le Journal du Gers annonçait pour le 5 mai 1820 l'ouverture du nouvel établissement de bains pourvu de baignoires en marbre blanc. (22 pour l’eau sulfureuse et 6 pour l’eau ferrugineuse).

Durant la guerre 14-18 l’établissement thermal fut réquisitionné comme centre de repos de soldats. En janvier 1915 il accueillait militaires blessés ou malades

La nouvelle commune n’avait pas d’église, sa construction était déjà évoquée avant la réunion. Sur ce sujet apparurent des divergences : en 1824 sur une liste de pétitionnaires de la Commanderie de Laclaverie huit personnes signèrent pour « vouloir être paroissiens de Castéra-Verduzan et deux pour Larroque Saint-Sernin » ; de gros problèmes verront jour bientôt avec Verduzan. L'église de Castéra-Verduzan fut érigée sur une butte, hors agglomération, en 1824 selon un plan classique de l’époque : le clocher à flèche recouvert d’ardoises est élevé au-dessus du porche d’entrée situé sur la façade du couchant. La flèche traduisait la volonté de « proclamer la gloire du pays » ; elle démontrait l’emprise du sentiment religieux des décideurs locaux.

Au bas de la côte de l’église fut dressée en 1834 une remarquable croix de fer forgé sur un socle de pierre.

Sur une des parties dominantes du village fut bâti en 1831 le couvent occupé par les petites Sœurs de Sainte-Anne. Dans la chapelle attenante la messe avait lieu le matin en semaine, le dimanche à 7h et à 11h et les vêpres l'après-midi du dimanche.

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En 1961 l’Académie nationale de Médecine accordait une autorisation d’exploitation pour trente ans. Heureusement en 1965, alors qu’on ne comptait plus que sept curistes dans l’année, les docteurs Garcia et Vergnes se portèrent au secours de la station. Le docteur Philippe Vergnes, créa le service de balnéothérapie buccale ce qui fit de Castéra la première station spécialisée dans le traitement des parodontopathies. Mais toutes les structures et nouvelles installations se noyèrent dans le flot boueux de 1977. Vue prise en juillet 1977 au lendemain des dévastatrices inondations qui ont fortement marqué le village.

 Castéra Verduzan est riche de monuments et d'un patrimoine bâti à découvrir.

1 - Le Vieux Castéra :

L'église Saint-Blaise du Vieux Castéra :

Le Vieux Castéra conserve son église du XIIIème siècle inscrite à l'Inventaire supplémentaire des Monuments Historiques depuis 1927. Le clocher-mur percé de trois arcades (il conserve une cloche), la nef unique, le toit à double pente : c’est un classique des églises de Gascogne. L’intérieur par mesure de sécurité ne peut pas être visité. Un enfeu aux moulures finement sculptées est devenu niche d'autel. Les fenêtres ouvertes entre les contreforts sont ébrasées vers l'intérieur, des fentes de jour laissent filtrer aussi un peu de clarté. L'emban (ou porche) abritant l'entrée a été démoli, au nord puisque le sud est trop pentu, une petite porte permet également un accès. Les contreforts massifs au sud sont censés protéger des glissements de terrain.


L’association des Amis du Vieux-Castéra a pu permettre récemment une mise hors d’eau du bâtiment et de la chapelle attenante au nord dont la toiture s’est effondrée en 2001. Cette chapelle présente sa double fenêtre fraîchement restaurée « flamboyante, divisée en deux par un meneau mouluré et décoré d’un remarquable remplage à courbes et contre-courbes : c’est une véritable pièce de musée » (H. Polge). La chapelle possédait une voûte d’ogives écroulée avec la toiture. Depuis très longtemps on avait coutume de faire sonner la cloche lorsque les orages devenaient menaçants. C'est une très ancienne persuasion chez beaucoup de peuples que le son des instruments à percussion pouvait mette en fuite les mauvais esprits... Sur le bronze de la cloche quelques mots en latin, sous une belle frise, invoquent la Vierge pour obtenir protection de la foudre. Bien qu'interdite par les autorités religieuses dès l'Ancien Régime et par les autorités civiles au début du XIXème cette pratique de mettre en mouvement les cloches s'est perpétuée jusque dans les années 1960 !
Beaucoup d'églises dans le monde chrétien sont dédiées à Saint-Laurent. 

La croix du Vieux castéra :

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La croix érigée près de l’entrée est du Vieux Castéra mérite attention pour l’inscription qu’elle porte.
C’est un vœu daté de 1775 année tristement célèbre entre toutes, « pour la cessation de la maladie des bestiaux ».
Effectivement une terrible épizootie ravageait alors les troupeaux de la région.


2 - Le Vieux Verduzan :

L'église :

Déclassée en 1844 comme celle du Vieux Castéra elle sera vendue à la Libération, servira de grange agricole et sera revendue dans la dernière décennie pour être emménagée en habitation. Cette ancienne chapelle paroissiale et seigneuriale était déjà signalée au tout début du XV ème siècle. Elle est maintenant une maison d'habitation !

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La croix :

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L’ancien cimetière de Verduzan, jadis objet de querelles, reste propriété communale. Facilement accessible par un sentier au nord de l'église on peut y admirer une croix du XVII ème siècle inscrite sur l’Inventaire supplémentaire des Monuments Historiques le 4 février 1927. C’est une croix sculptée dans la pierre ce qui est rare en Gascogne. Cette croix fut érigée en l’honneur de Saint-Laurent qui apparaît ici vêtu de la dalmatique, riche tunique à manches larges des empereurs romains et des rois de France au Moyen-Age. D’une main il semble avoir le livre des évangiles et de l’autre le gril, instrument de son supplice sur lequel il fut brûlé vif en 258 à Rome. Le Christ crucifié, la Vierge portant l’enfant Jésus et Saint-Pierre tenant un livre et la clé du paradis de l’autre main figurent sur les autres faces.


3 - La Commanderie :

La Commanderie, ancienne commanderie des Templiers puis des chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem appelés plus tard de Malte, fut édifiée dès le XIIème siècle. Tour de garde, grange dîmière, église, divers bâtiments la composaient. La petite église romane de la Cavalerie dédiée à Saint-Georges, un des trois apôtres guerriers, fut bâtie en grès ocre sur une hauteur et date vraisemblablement de la fin du XI ème siècle. Elle est aux dimensions de son état d'origine, dimensions modestes. Sa structure à l'architecture dépouillée, austère, répondait aux règles du fondateur de l'ordre. Récemment cette église a été l'objet d'études et de travaux de la part des nouveaux propriétaires pour retrouver de son originalité et de sa beauté romane. Elle possède deux enfeus (niches funéraires à fond plat) des XIIIème et XIV ème siècles. La cour de la Commanderie accessible depuis l’église était l’équivalent du cloître dans les abbayes ou monastères. La porte donnant sur l'ouest est postérieure à la construction. L’un des deux puits carrés gersois ici présent a été creusé par les Chevaliers de Malte.

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4 - L'église de Castéra-Verduzan :

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La construction de l'église de Castéra-Verduzan date de 1824. Située sur une hauteur, hors agglomération alors, elle répond à un plan classique de l'époque : clocher à flèche pour élever encore plus haut le sentiment religieux. Des vitraux de qualité, dont celui de Saint-Blaise à qui est dédiée l'église, des lustres du XIX ème ornent l'intérieur. Au bas de la rue de l'Eglise a été érigée une imposante croix en fer forgé (1837). Les instruments de la passion y sont surmontés par le coq de Saint-Pierre, incarnation du courage et de l'intelligence associés à la résurrection.


À noter aussi une architecture civile c'est-à-dire ni militaire ni religieuse :

5 - L'établissement minéro-thermal :

L’établissement minéro-thermal fut érigé, après avoir rasé le précédent, en 1817 sous la direction de Poirée inspecteur général des Ponts et Chaussées. Son coût fut de 40 000 F or, somme considérable pour l'époque. Un témoignage du médecin inspecteur : « modèle d'architecture, c'est un des plus beaux bâtiments de France, nous le devons à M. le marquis de Pins, homme généreux, philanthrope, éclairé et grand propriétaire du Gers ». L'établissement présente toujours son péristyle de style classique avec une belle mise en valeur des arcades.  

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 6 - Les pigeonniers :

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Les nombreux pigeonniers attenants aux fermes, ou tout proches, ont été bâtis jusqu'au XIXème siècle ; ils présentent une architecture bien caractéristique. Autrefois très utilisés ils étaient pourvoyeurs de chair appréciée et d'apport en engrais naturel pour les terres agricoles.


7 - Les moulins à vent :

Les moulins à vent venaient en complément des moulins à eaux. Leur situation géographique sur les crêtes attirent les regards et soulignent les fonctions qu'ils ont jouée, de vivrière et de privilège.

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 Du musée au Casino : toute une histoire.

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En 1840 naissait à Castéra-Verduzan Odilon-Marc Lannelongue. Les exceptionnelles qualités intellectuelles du jeune Odilon lui permirent de glaner tous les prix lors de ses études. Après une brillante scolarité au lycée d'Auch, il étudia la médecine à Paris. Médaille d'or de l'internat en 1866, docteur en 1867, major de l'agrégation de médecine opératoire en 1869 et chirurgien des hôpitaux, il excelle à l'hôpital Laënnec dans les interventions sur les blessés lors de la Commune de Paris. Ses mérites furent d'autant plus grands qu'il était issu d'un milieu provincial modeste et ne profita d'aucun appui. Sa renommée ne tarda pas à s'étendre à l'étranger et lui valut d'être le médecin de personnages célèbres : Poincaré, Gambette, Félix Faure, Fallières, Sarah Bernard, le tsarévitch...Il fut élu à l'Académie de Médecine, devint président de l'Association générale des Médecins de France. Il présida le congrès mondial de médecine à Paris en 1900 devant une extraordinaire assemblée : consécration de sa vie professionnelle. Poussé par ses amis républicains, Lannelongue s'engagea dans la politique. Il fut pendant longtemps maire de la commune, député du Gers de 1893 à 1897, sénateur de 1906 à sa mort. Il œuvra alors pour développer l'économie locale et régionale, apportant avec désintéressement une aide à de nombreux projets.

Il épousa en 1876 Madame de Rémuzat, née Marie Agaure Cibiel, veuve et très riche héritière. Le couple, qui n'eut pas d'enfant, fit preuve d'une grande philanthropie. La maison familiale, en très mauvais état, fut délaissée et les époux firent bâtir une agréable et bourgeoise demeure en bordure de la grand-route alors route nationale. La construction conserve, aujourd'hui qu'elle est casino, ses deux toits aigus ornés de bois découpé.

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Tout au long de sa vie le professeur avait amassé, grace à sa gloire et fortune, pour garnir cette maison des meubles anciens -Renaissance française- des toiles de maîtres, des tapisseries, de remarquables services de table et autres bibelots. A noter que le couple Lannelongue n'a manifesté aucun intérêt pour un art nouveau pourtant en plein essor en cette fin de XIX ème siècle avec notamment l'impressionnisme dans le domaine de la peinture.


Le souhait du professeur était de voir sa maison transformée en musée national ; à cette fin il légua partie de ses biens à l'Etat. Ce musée devait présenter l'histoire des beaux-arts. Pour étoffer l'historique des arts, furent réalisés des moulages de célèbres sculptures, des photographies de tableaux ; M. Carle Dreyfus attaché au musée du Louvre fut chargé de constituer cette collecte. Mais la maison de Castéra s'avérait alors trop exiguë pour tout abriter. M. Lannelongue décida d'un agrandissement qu'il confia à l'architecte Pierre Rémaury. Ce dernier s'appliqua à ajouter, sans rien dénaturer, la galerie vitrée le long de la route de Bonas. Il fallut bien sûr aménager des ouvertures de communications avec la partie existante et boucher les fenêtres sur l'ancienne façade est. A chacune des deux extrémités de la galerie : un salon orné de colonnes. Au rez-de-chaussée nous avions concernant les expositions outre cette nouvelle partie, le salon des tapisseries et trois salles, au premier étage cinq salles.


L'architecte dans un pur classicisme a été très attaché à la symétrie. Le calcaire de la région n'a été utilisé que pour les murs ; les sculptures et parties décoratives extérieures ont été réalisées dans un grès local, à la chaude couleur. Des photos du début du XX ème siècle montrent cette récente réalisation achevée en 1913 avec la route de Bonas bordée de grands peupliers et les lourdes grilles entourant la bâtisse.


Le professeur Lannelongue décéda en décembre 1911.

Ce musée national ne fut fut inauguré qu’en 1920 par le ministre Honorat après la mise à mal du monde rural par la Grande Guerre. L’importante crise financière de 1929 porta un rude coup au musée, le désangagement de l’Etat par le non remplacement du consevateur entraîna la fermeture du musée en 1952. L’engagement de l’Etat n’ayant pas été tenu, le musée et ses cent trente et un objets d’art furent vendus aux enchères en 1986. Les bâtiments et le parc attenant furent achetés par la commune qui revendit ensuite la maison à la société Viking. La maison Lannelongue devint Casino en 2000. Récemment l'arc en ogive apposé sur la façade, un en-feu provenant de l'église de la Commanderie a été restitué, et remplacé par une trappe servant aux transporteurs de fonds du casino.

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Documentation : archives personnelles, archives locales et départementales, la Construction moderne du 6 juillet 1913