Textes et photos prêtés par Françis AGRAS, merci pour son aide précieuse !

 Du musée au Casino : toute une histoire.

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En 1840 naissait à Castéra-Verduzan Odilon-Marc Lannelongue. Les exceptionnelles qualités intellectuelles du jeune Odilon lui permirent de glaner tous les prix lors de ses études. Après une brillante scolarité au lycée d'Auch, il étudia la médecine à Paris. Médaille d'or de l'internat en 1866, docteur en 1867, major de l'agrégation de médecine opératoire en 1869 et chirurgien des hôpitaux, il excelle à l'hôpital Laënnec dans les interventions sur les blessés lors de la Commune de Paris. Ses mérites furent d'autant plus grands qu'il était issu d'un milieu provincial modeste et ne profita d'aucun appui. Sa renommée ne tarda pas à s'étendre à l'étranger et lui valut d'être le médecin de personnages célèbres : Poincaré, Gambette, Félix Faure, Fallières, Sarah Bernard, le tsarévitch...Il fut élu à l'Académie de Médecine, devint président de l'Association générale des Médecins de France. Il présida le congrès mondial de médecine à Paris en 1900 devant une extraordinaire assemblée : consécration de sa vie professionnelle. Poussé par ses amis républicains, Lannelongue s'engagea dans la politique. Il fut pendant longtemps maire de la commune, député du Gers de 1893 à 1897, sénateur de 1906 à sa mort. Il œuvra alors pour développer l'économie locale et régionale, apportant avec désintéressement une aide à de nombreux projets.

Il épousa en 1876 Madame de Rémuzat, née Marie Agaure Cibiel, veuve et très riche héritière. Le couple, qui n'eut pas d'enfant, fit preuve d'une grande philanthropie. La maison familiale, en très mauvais état, fut délaissée et les époux firent bâtir une agréable et bourgeoise demeure en bordure de la grand-route alors route nationale. La construction conserve, aujourd'hui qu'elle est casino, ses deux toits aigus ornés de bois découpé.

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Tout au long de sa vie le professeur avait amassé, grace à sa gloire et fortune, pour garnir cette maison des meubles anciens -Renaissance française- des toiles de maîtres, des tapisseries, de remarquables services de table et autres bibelots. A noter que le couple Lannelongue n'a manifesté aucun intérêt pour un art nouveau pourtant en plein essor en cette fin de XIX ème siècle avec notamment l'impressionnisme dans le domaine de la peinture.


Le souhait du professeur était de voir sa maison transformée en musée national ; à cette fin il légua partie de ses biens à l'Etat. Ce musée devait présenter l'histoire des beaux-arts. Pour étoffer l'historique des arts, furent réalisés des moulages de célèbres sculptures, des photographies de tableaux ; M. Carle Dreyfus attaché au musée du Louvre fut chargé de constituer cette collecte. Mais la maison de Castéra s'avérait alors trop exiguë pour tout abriter. M. Lannelongue décida d'un agrandissement qu'il confia à l'architecte Pierre Rémaury. Ce dernier s'appliqua à ajouter, sans rien dénaturer, la galerie vitrée le long de la route de Bonas. Il fallut bien sûr aménager des ouvertures de communications avec la partie existante et boucher les fenêtres sur l'ancienne façade est. A chacune des deux extrémités de la galerie : un salon orné de colonnes. Au rez-de-chaussée nous avions concernant les expositions outre cette nouvelle partie, le salon des tapisseries et trois salles, au premier étage cinq salles.


L'architecte dans un pur classicisme a été très attaché à la symétrie. Le calcaire de la région n'a été utilisé que pour les murs ; les sculptures et parties décoratives extérieures ont été réalisées dans un grès local, à la chaude couleur. Des photos du début du XX ème siècle montrent cette récente réalisation achevée en 1913 avec la route de Bonas bordée de grands peupliers et les lourdes grilles entourant la bâtisse.


Le professeur Lannelongue décéda en décembre 1911.

Ce musée national ne fut fut inauguré qu’en 1920 par le ministre Honorat après la mise à mal du monde rural par la Grande Guerre. L’importante crise financière de 1929 porta un rude coup au musée, le désangagement de l’Etat par le non remplacement du consevateur entraîna la fermeture du musée en 1952. L’engagement de l’Etat n’ayant pas été tenu, le musée et ses cent trente et un objets d’art furent vendus aux enchères en 1986. Les bâtiments et le parc attenant furent achetés par la commune qui revendit ensuite la maison à la société Viking. La maison Lannelongue devint Casino en 2000. Récemment l'arc en ogive apposé sur la façade, un en-feu provenant de l'église de la Commanderie a été restitué, et remplacé par une trappe servant aux transporteurs de fonds du casino.

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Documentation : archives personnelles, archives locales et départementales, la Construction moderne du 6 juillet 1913